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La rédaction des Observateurs a pu s’entretenir avec Charlotte Kabamba :

L’histoire remonte à la première semaine du mois de mai. J’allais à la fac comme tous les jours avec des amis, lorsque des gardiens m’ont barré le passage à l’entrée. Ils m’ont dit “votre coiffure ne convient pas mademoiselle, vous ne pouvez pas rentrer “. Sur le moment, je n’ai pas compris, car c’est pourtant la coiffure que j’ai régulièrement.

J’ai insisté, mais les surveillants ne voulaient rien savoir : ils m’ont dit que “les coiffures non peignées ne pouvaient pas rentrer”, et que c’était dans le règlement. J’ai dû changer en catastrophe de coiffure pour pouvoir assister aux cours. Et effectivement, nous avons ensuite vérifié avec mes amis, et c’était bien quelque chose de présent dans le règlement… Sauf qu’à ma connaissance, d’autres filles sont coiffées comme moi, et ça n’avait jamais posé de problème jusque-là.

“J’ai fait de cette coiffure une cause symbolique”

Interloquée par cet incident, Charlotte Kabamba décide, une semaine après les faits, de poster un message pour marquer son incompréhension sur sa page Facebook “Nappy Care “.

Je suis une passionnée de coiffure. C’est sur cette page, où je parle de mes derniers essais et trouvailles, que j’ai voulu crier mon ras-le-bol. Ce n’était pas pour dénoncer l’attitude de ma faculté, car le règlement est le règlement et il faut savoir s’y adapter. C’était plutôt pour interroger sur le sens de cette interdiction, car ce type de coiffure ne devrait pas poser problème dans notre société.

Lorsque j’ai commencé à me faire une coupe afro-puff, c’était pour l’aspect esthétique. Mais j’ai remarqué que c’était une vraie aventure capillaire : beaucoup de gens à Kinshasa sont hostiles à cette coiffure. Les surveillants qui m’ont interdit d’entrer m’ont même dit que la coiffure n’était “pas professionnelle “et qu’elle était “négligée “. Pour la majorité, les cheveux doivent être lisses, en imitant le style européen.

J’ai donc décidé d’en faire une cause symbolique. Je considère que cette coupe est plus naturelle, reflète mieux ma personnalité. Et je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que ce n’est “pas coiffé “, car il y a du travail pour faire une belle coupe afro-puff. Se coiffer ainsi ne fait pas de nous des “personnes irrespectueuses”.

“On m’a suggéré de chercher une autre université”

Interrogé par l’AFP, Jean Onaotsho, le secrétaire général académique de l’université, a expliqué :

L’université ne s’oppose ni n’interdit les cheveux naturels africains, mais exige que les cheveux soient peignés, c’est une exigence de propreté et de décence publique […]. Nous devons préserver les mœurs africaines dans cette société congolaise qui en a réellement besoin.

Pour ne pas faire de vague, et respecter le règlement de son université, Charlotte Kabamba s’attache dorénavant les cheveux de cette manière.
 

Pour autant, le secrétaire général a aussi indiqué que la jeune fille ne ferait pas l’objet de procédure disciplinaire. Aujourd’hui, Charlotte Kabamba se fait deux tresses tous les matins pour “passer inaperçue” et retourner à la faculté. Et que cette histoire de cheveux n’a pas été évidente à gérer :

Une supposée employée de la fac m’a menacée sur Facebook en disant que je devais chercher une autre université. D’autres élèves ont aussi estimé que j’avais fait une mauvaise publicité pour notre université… Heureusement, j’ai aussi eu de très nombreux messages de soutien.

J’espère que ce qu’il s’est passé fera bouger les choses : je sais qu’un collectif de femmes congolaises a déjà pris contact avec l’université pour organiser des conférences, informer vis-à-vis de ce style de coiffure et créer le débat.

Les mouvements contre la “dictature des cheveux lisses “font régulièrement surface dans l’actualité : en mars 2017, à Paris, un collectif d’étudiantes de Sciences Po Paris avait lancé “Science Curls” pour valoriser les coiffures frisées ou crépues.

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