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ABOUBACAR SOUMAH : la sortie qui intrigue

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Ce n’est pas passé inaperçu. La sortie du secrétaire général du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) dans le JT de la télévision nationale d’hier soir, est largement commenté ce matin. Dans des propos opportunément isolés du reste de la déclaration du syndicaliste par nos confrères de la RTG, le meneur de la dernière grève des enseignants dit ne pas partager la dynamique de la grève en cours. Décidément toujours figé dans les querelles entre lui et les leaders de l’inter-Centrale, CNTG-USTG, il dénonce de leur part l’opportunisme qui cacherait les protestations de l’heure à propos de la hausse du prix du carburant à la pompe. Mais au sein de l’opinion publique en général et via les réseaux sociaux notamment, on évoque des propos inopportuns et révélateurs d’une mesquinerie de nature à décrédibiliser celui que beaucoup croyaient au-dessus de certaines faiblesses.

Une petite observation s’impose cependant avant. Tous les téléspectateurs ont dû être surpris quand, après que le présentateur du journal ait annoncé le syndicat des enseignants, de voir apparaître Aboubacar Soumah. C’est là une reconnaissance que la RTG avait jusqu’ici refusée au leader du SLECG. Le virage est d’autant plus difficile à admettre qu’une faction du SLECG dissidente à celle que dirige Aboubacar Soumah, a dernièrement tenu son congrès à Conakry. Mais pour les besoins de la circonstance, nos confrères prennent le parti de réhabiliter le camp qu’ils s’étaient jusqu’ici évertués à ignorer. Comme pour dire que ces revirements, les politiques n’en ont pas l’apanage. Tout est au gré des intérêts, des contextes…

Quant aux propos tenus par Aboubacar Soumah, en substance, ils se ramènent à ceci : « L’inter centrale CNTG-USTG devrait se battre au moment où le baril était à 27 dollars, c’est en ce moment qu’il devait insister auprès du gouvernement pour baisser le prix du carburant. On pouvait fixer en ce moment-là jusqu’à 2500 voire 3000 GNF, le litre à la pompe. Mais ce qui n’a pas été fait, ils ont monnayé cela avec de l’argent. Maintenant que le prix du baril est allé jusqu’à plus de 70 dollars, ils font une grève. C’est parce qu’ils veulent de l’argent, comme ils ont l’habitude de le faire. Donc, nous on ne s’inscrit pas dans cette logique ». Il est ici aisé de déceler une pointe de jalousie résultant d’une vieille opposition entre Aboubacar Soumah et les responsables respectifs de la CNTG et de l’USTG. On se rappelle en particulier que lors de la dernière grève des enseignants, respectivement en novembre 2017 et février 2018, Amadou Diallo et Louis M’bemba Soumah avaient usé de leur proximité avec les autorités, pour essayer de saper le mouvement. De ce point de vue, Soumah pourrait avoir des raisons d’en vouloir à ceux qui sont à la base de la grève actuelle. Du œil pour œil en quelque sorte. Mais est-ce compréhensible qu’en raison de ces querelles personnelles, il en vient à se désolidariser d’une cause qui préoccupe l’ensemble des Guinéens. Non, répond une bonne partie de ses compatriotes dont quelques-uns lui accordaient leur confiance.


Selon un acteur de la société civile avec lequel un de nos journalistes s’est entretenu, Soumah pourrait s’être naïvement fait piéger par la RTG, en quête d’avis dissonants. Le syndicaliste avait fait venir les médias pour notamment dénoncer les tracasseries auxquelles il est confronté dans le cadre de l’installation de ses démembrements. Dans cette déclaration plus structurée  dont nos confrères d’Espace TV ont diffusé un extrait, Aboubacar Soumah évite intelligemment de céder à la polémique. Mais à l’issue de cet exercice officiel, dans un entretien forcément moins maîtrisé et maitrisant encore moins ses émotions, il confie les propos qu’on citait plus haut à nos confrères de la RTG. Et pour ces derniers, c’était tout naturellement du pain béni. Parce que l’image d’un syndicat divisé, c’est le reflet d’une bataille moins crédible. Et c’est dommage qu’Aboubacar Soumah, qui se veut un grand leader syndical, n’ait pas compris cela.

Boubacar Sanso Barry  

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