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ALCOOL AU VOLANT : et si le vide juridique avait tué Abdoulaye Bah ?

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Parce qu’Abdoulaye Bah, notre désormais défunt confrère de Guineenews, au-delà de son statut de journaliste, était un être sympathique, le flot de commentaires et d’hommages empreints de compassion, est ininterrompu depuis l’annonce de sa brutale disparition. Et bien entendu, sous le coup de l’émotion, on n’évoque que de manière secondaire voire sommaire une dimension pourtant centrale du tragique accident qui a emporté le sympathique journaliste, à savoir l’alcool au volant. D’autant que tous les témoignages convergent sur le fait que l’irresponsabilité des conducteurs des voitures impliquées dans l’accident serait liée à un abus de consommation de l’alcool. Sauf que dans le contexte guinéen, il s’agit là d’une réalité dont un pan non négligeable échappe au contrôle de l’Etat et de la loi.   

Le témoignage d’Amadou Tidiane Bah, le chargé de communication du ministère des Travaux publics ne laisse place à aucun doute. « Les deux chauffeurs étaient vraiment ivres. J’en veux pour preuve que celui dont la voiture a été arraisonnée sentait l’alcool », dit-il, catégorique. Egalement, nos confrères de la RTG ont diffusé des images montrant des bouteilles de bière sur un des sièges du véhicule. De quoi renforcer certaines certitudes.

De certitudes,  Mamoudou Baro Keïta, le président de l’Observatoire guinéen de la sécurité routière et de la mobilité urbaine (Obsermu) n’en a pourtant aucune. Cédant à une prudence qu’il dit inspiré par le principe, il s’interroge : « Au moment où nous parlons, qu’est-ce qui, au-delà de tout doute raisonnable, permet de dire que l’abus de l’alcool est la cause de l’accident ?  N’est-il pas possible que d’autres passagers du véhicule en aient consommé, mais que le chauffeur lui n’en ait pas pris ? Et à supposer qu’il en ait consommé, il est bien possible qu’il n’ait pas dépassé le seuil acceptable ». Autant d’hypothèses dont use M. Keïta pour mettre en exergue ce qu’il appelle le « manque de mécanismes de contrôle ». Il pointe en particulier le manque de l’alcoomètre dont on aurait pu se servir pour mesurer le taux d’alcool dans le sang.

Cependant, il n’y a pas que les procédés à parfaire. En effet, à en croire Mamoudou Keïta, même l’arsenal juridique est désormais plutôt caduc. « La sécurité routière est régie par l’Ordonnance 051 qui date de 1989 », rappelle-t-il. Et selon cette ordonnance, le seuil d’alcool acceptable par la législation guinéenne est de 0,8g/l de sang, alors que la norme internationale est de 0,5 g/l. Le volet caduc de la législation se reflète aussi dans le régime de sanction qui avait été préconisé.  « Par exemple, dans cette ordonnance, la première classe des infractions était assortie d’une amende qui va de 5000 à 10.000 GNF. Ce n’est pas du tout dissuasif ça aujourd’hui ! Peut-être qu’au moment où on prenait cette ordonnance, ces montants signifiaient beaucoup d’argent. Mais ce n’est plus rien de nos jours », dit-il. Pour ce qui est du cas précis de l’abus d’alcool au volant, les sanctions vont du retrait du permis à une peine d’emprisonnement de trois ans. Bref, M. Keïta prie pour l’entrée en vigueur rapide du nouveau code de route, récemment adopté par l’Assemblée nationale.


Dans la même logique, le président de l’Obsermu recommande la mise en place d’un Service d’assistance médicale d’urgence (SAMU), dans la mesure où, selon lui, les sapeurs-pompiers qui peinent déjà à gérer les incendies, ne sont pas nécessairement les plus outillés pour prendre en charge dans un contexte d’urgence un cas comme celui de notre confrère, après qu’il ait été percuté par le véhicule. En effet, selon lui, il n’est pas exclu qu’une prise en charge inappropriée par du personnel non préparé, puisse aggraver les risques encourus par la victime.  Mais au-delà de la création d’un service spécialisé en la matière, il propose l’implication des populations à la base : « Nous avons estimé à un moment donné qu’il faille aller vers la démocratisation des premiers secours. Ça existe dans beaucoup de pays: on apprend aux jeunes élèves, aux conducteurs, aux transporteurs, à tout citoyen lambda, comment prodiguer les premiers soins ».

Hawa Bah

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