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Centrafrique : des mines chinoises dans le collimateur des autorités

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Répondant à des plaintes de riverains, le ministre des Mines de la République centrafricaine a décidé de sévir contre les exploitations minières, en majorité chinoises, qui ne respectent pas ses règles.


« Nous avons constaté beaucoup de manquements », a déclaré à Jeune Afrique le ministre des Mines centrafricain, Léopold Mboli Fatran. Ce dernier revenait d’une visite de contrôle dans plusieurs gisements d’or autour d’Abba, ville située dans la préfecture de Nana-Mambéré. Dans le collimateur de son département, trois sociétés chinoises qui ont enfreint plusieurs règles du Code minier et du Code du travail : Zhigou Mining, Industrie minière de Centrafrique (IMC) et Thien Pao.


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Les autorités ont créé une commission interministérielle pour décider des sanctions à prendre. La visite d’un autre site exploité par une compagnie chinoise, Dewey, s’est quant à elle bien déroulée, aucun manquement majeur n’ayant été constaté.

Une entreprise chinoise déjà sanctionnée

Une précédente commission interministérielle avait déjà été mise en place en juillet, infligeant début septembre de lourdes sanctions à HW-Lepo, entreprise minière chinoise présente à Guezeli, non loin de Yaloké, dans l’Ombella-M’Poko. Motif : non-respect des textes régissant les activités minières en République centrafricaine, et notamment le « passage en phase d’exploitation à l’intérieur du périmètre de son permis de recherche, sans l’autorisation préalable de l’administration minière ».


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HW-Lepo, qui ne disposait que d’un simple permis d’exploration, avait commencé à exploiter, à l’aide de drakes, de tractopelles, et même d’un barrage pour dévier un cours d’eau, le sous-sol de son périmètre, qui contiendrait environ 500 kg d’or. Le ministre avait déclaré, le 24 juillet, une suspension provisoire de ses activités, avant la création d’une commission interministérielle qui a rendu son verdict début septembre : 10 millions de F CFA (15 245 euros) d’amende, ainsi qu’une prise de participation de 15 % de la société par l’État, qui y a également nommé un directeur technique. L’exploitant a finalement été autorisé à reprendre ses activités, mais doit réhabiliter l’environnement dans les zones exploitées, et honorer son engagement à construire un dispensaire, une école et des forages d’eau pour les riverains.

Des groupes armés pour assurer la sécurité

Le ministre envisage de mener une autre visite de contrôle à Sosso-Nakombo, dans la Mambéré-Kadéï, une ville où les abus liés à l’exploitation minière sont nombreux, selon des rapports du panel des experts de l’ONU sur la Centrafrique. Les limiers onusiens ont notamment épinglé, dans un rapport paru fin 2017, la coopérative Camsona, dirigée par le maire de la ville et qui « opère des exploitations en partenariat avec des investisseurs étrangers », chinois notamment.

Les activités d’extraction de diamants et, principalement, d’or, continuent de représenter une source importante de revenus pour les groupes armés.

La coopérative « a provoqué des tensions parmi de nombreux habitants de la région, qui estiment que ses méthodes sont contraires à diverses dispositions du code minier national », notent les spécialistes, ajoutant que Camsona assure la sécurité de ses sites via une entreprises de sécurité employant des miliciens anti-balakas. Le groupe a rappelé dans son rapport 2017 que « les activités d’extraction de diamants et, principalement, d’or, continuent de représenter une source importante de revenus pour les groupes armés présents dans l’ouest du pays ». La région connait effectivement un regain d’activité aurifère depuis 2016. Ainsi, dans un compte-rendu publié cette année, le même comité souligne que IMC, Zhigou Mining et Thien Pao ont, selon de nombreux témoignages, payé des groupes armés qui menaçaient leurs travailleurs.


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Pour rappel, les exportations officielles d’or de la République centrafricaine s’élevaient en 2017 à 108 kg, et devraient augmenter en 2018. Entre janvier et mai, 65 kg avaient déjà été exportés. L’exploitation aurifère se fait de manière artisanale ou semi-industrielle. Ces chiffres ne reflètent donc pas le total de la production nationale de métal jaune. Comme le rappellent les experts de l’ONU, « la traçabilité de la production est toutefois très limitée et la majeure partie est exportée illégalement ».

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