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COLLOQUE DE N’DIAMENA : les participants insistent sur l’inclusion

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Des cinq colloques qui ont débouché sur le Document cadre de référence pour la prévention et la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent au Sahel, adopté à N’diamena, on peut retenir, entre autres enseignements que le phénomène du terrorisme est quelque chose de complexe et délicat à aborder. Il est notamment multidimensionnel et ne peut, par conséquent, être vaincu par la seule approche militaire. De même, la lutte contre le terrorisme, si elle se veut efficace, doit impliquer tous les acteurs, toutes les entités. Et justement, à l’issue du colloque que la MISAHEL, le G5 Sahel et UNOWAS ont organisé dans la capitale tchadienne, avec l’appui notamment de l’Agence américaine d’aide au développement (USAID) à travers le programme Partnerships For Peace (P4P) et la Coopération suisse, les participants mettent en exergue la nécessité d’impliquer toutes les parties. Des femmes aux jeunes, en passant par les leaders religieux, les parlementaires, les universitaires, les collectivités locales et les médias, tout le monde doit pouvoir jouer sa partition. C’est à ce prix et à lui seul qu’on peut espérer, d’une part, prévenir la radicalisation, et de l’autre, la vaincre dans les zones où elle est déjà une réalité.

Une certaine conception voudrait que les femmes ne soient pas impliquées quand il est question de sécurité. On peut dire que Marie-Joëlle Kéi, Directrice exécutive de l’ONG ivoirienne, Regards pluriels, ne partage pas ce point de vue. Tout au contraire, elle préconise que les femmes soient au cœur de toute stratégie allant dans le sens de la prévention et de la lutte contre l’extrémisme violent. Ce pour plusieurs raisons, dit-elle.

Nous pensons que les femmes doivent être davantage impliquées dans la prévention et la lutte contre le radicalisme et l’extrémisme violent parce que la femme, de par sa position, occupe un rôle stratégique de relai de communication. La femme, c’est tout à la fois une mère, une épouse, une sœur, une amie, une vendeuse,…bref la femme est en contact permanent avec la foule. De ce fait, elle collectionne et relaie les informations. Nous pensons donc que dans cette lutte-là, les femmes doivent être suffisamment mises à contribution. Parce qu’en plus de ce que je viens de citer, elles ont aussi un rôle d’éducatrice (formatrice). Aussi, si elles sont sensibilisées sur la nécessité de la lutte contre le phénomène, elles pourraient être un important relai de transmission des messages. Elles sont par ailleurs des sensibilisatrices, des négociatrices (médiatrices) par excellence. Elles sont aussi d’efficaces conseillères.

En ce qui le concerne, Abdourahmane Souleymane représente les jeunes. Membre du Conseil national des jeunes (CNJ) du Niger, il sait mieux que quiconque l’intérêt d’associer les jeunes au dispositif de prévention et de lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent. De fait, il a l’expérience de son propre pays qu’il partage volontiers :

Selon l’expérience nigérienne que je connais, les jeunes sont impliqués dans le mécanisme de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent. A ce titre, au niveau du CNJ et avec l’appui de nos partenaires, nous organisons des camps nationaux ou régionaux à l’occasion desquels nous faisons des débats avec les jeunes sur la nécessité de prévenir et de lutter contre l’extrémisme violent et la radicalisation. Nous initions aussi des sketches pour sensibiliser les jeunes et nous avons une franche collaboration avec la police. Collaboration en vertu de laquelle des agents de la police sont mis à la disposition de la jeunesse pour former cette dernière à la prévention et à la lutte contre l’extrémisme violent. Enfin, nous sommes impliqués au sein de la police de proximité pour notamment signaler tout étranger que nous remarquons dans le quartier et dont nous ignorons tout


Partant donc de cette expérience, il invite les autres pays à le pas au sien. « Je trouve qu’il est important que les jeunes soient impliqués parce ce sont avant tout ces jeunes-là qui sont massacrés et ce sont eux qu’on enrôle dans les filières terroristes. Enfin, c’est fondamental de prendre en compte la jeunesse, vu qu’elle représente de nos jours 80 % de la population dans de nombreux pays », explique-t-il au micro de notre envoyé spécial.

Cependant, vu que c’est la religion qui est travestie par les terroristes à des fins criminelles, il y a une catégorie dont la prise en compte dans la lutte contre le péril terrorisme relève tout simplement du bon sens et de l’évidence. Il s’agit des leaders religieux. A propos, Cheikh Daoud, de la Ligue des Ulémas du Sahel estime qu’en raison du fait que « la guerre qu’on mène contre le terrorisme et la radicalisation est une guerre idéologique (…) c’est avant tout une guerre des leaders religieux ». Ce en partie, poursuit-il, parce que « nous sommes d’accord que les armes matérielles ne détruisent pas le mal. Il renaît toujours de ses cendres (et que) le dernier rempart de l’être humain reste la religion ». D’ailleurs, il lance un appel aux leaders religieux. « Il faut que, suivant l’enseignant du Coran et celui du prophète Muhammad (PSSL), ils donnent la bonne directive. Parce que la religion est une bonne direction entre deux égarements et une vérité entre deux mensonges. Bref, la religion, c’est le juste milieu. Celui qui fait de trop devient extrémisme, et celui qui fait moins devient paresseux ».

Outre les cinq pays du Sahel, premiers intéressés par la problématique de la lutte contre le terrorisme, ceux du pourtour sahélien (Guinée, Sénégal, Côte d’Ivoire, etc.) étaient aussi associés au processus d’élaboration du Document cadre de référence. A ce titre, l’honorable Babara Fofana, député à l’Assemblée nationale au compte de l’Union des forces républicaines (UFR), a pris part au rendez-vous de N’diamena. Et il trouve que le fait d’avoir associé la Guinée était très pertinent. « La Guinée, frontalière du Mali, aujourd’hui en proie à l’extrémisme violent, peut bien tirer avantage et profit du Document cadre de référence adopté à N’diamana. Le Mali est aujourd’hui au centre de la radicalisation et de l’extrémisme violent. On prie Dieu qu’on en vienne à bout. Autrement, ça peut bien se répercuter sur la Guinée », dit-il. Par ailleurs, indépendamment de ce qui se passe dans les pays voisins, il pense que la Guinée se doit de s’inscrire dans une logique de prévention. Justement, il préconise que les autorités guinéennes puissent à propos s’inscrire du Document cadre de référence désormais disponible pour les pays du Sahel :

Du document, la Guinée peut surtout exploiter la partie relative à la prévention. Parce qu’il est préférable de prendre les dispositions avant que le fléau ne s’installe. S’il est vrai qu’il ne faut pas que l’extrémisme religieux nous incline à stigmatiser une religion, il est important que par exemple, dans une démarche préventive, le secrétariat général aux Affaires religieuses recense toutes les mosquées de la Guinée et que les imams qui officient dans ces lieux de culte soient, eux-mêmes, connus et recensés. Dans le cadre de cette même prévention, il est également important que les jeunes et les femmes fassent l’objet d’une prise en compte par les politiques publiques. Parce que ce sont là les deux couches les plus exposées au risque d’endoctrinement par les terroristes. Il faut aussi éviter tout ce qui est de nature à générer la frustration. Autrement, il faut que nos Etats soient justes et équitables dans la gouvernance, qu’ils prennent en compte toutes les sensibilités du pays et toutes les catégories sociopolitiques

Boubacar Sanso BARRY

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