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Élection présidentielle : Top départ de la campagne

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Dans trois semaines, les citoyens maliens iront aux urnes pour l’élection du Président de la République. La campagne électorale, période décisive dans la mobilisation des électeurs, démarre le 7 juillet. En attendant, dans les quartiers généraux des différents prétendants, c’est la course. Aperçu sur les débuts d’une joute déterminante pour le Mali.
« Nous la préparons avec tout l’enthousiasme que les militants sont en train de montrer sur le terrain. Nous continuons à mettre en ordre de bataille l’ensemble des partis politiques, associations, clubs de soutien qui sont derrière le candidat Aliou Boubacar Diallo, pour harmoniser les points de vue, les stratégies et l’organisation de la campagne », affirme Cheick Oumar Diallo, Secrétaire politique de l’Alliance Démocratique pour la Paix (ADP Maliba). Tout content, le jeune militant s’affiche confiant devant la validation provisoire par la Cour Constitutionnelle de leur candidature. « La campagne qui va s’ouvrir bientôt sera palpitante, étonnante et pleine de surprises pour beaucoup des personnes, qui ne s’attendent pas à ce que le changement voulu par les Maliens se produise cette année », prophétise-t-il.

Il y a au total 24 candidatures validées définitivement par la Cour Constitutionnelle pour l’élection du 29 juillet. Une première liste publiée le 30 juin avait semé la panique de quelques états-majors qui se sont dépêchés de répondre aux interrogations de la Cour. La bataille pour Koulouba peut donc désormais commencer. Après cinq années de gouvernance IBK, l’heure est au choix. Candidat à sa propre succession, le sortant compte parachever les actions déjà entamées. Face à lui, des candidats décidés à lui ravir le fauteuil. La campagne offrira sans doute à tous ceux qui aspirent à servir le Mali l’occasion d’exposer leurs projets aux citoyens.

Dans ce jeu démocratique, les uns et les autres comptent ne pas se faire de cadeaux. Partout s’affiche le souhait de gagner. Certains n’hésitent pas à mettre en avant la déception d’une certaine frange de la population du système actuel de gestion. Sur le terrain, la pré-campagne bat son plein. « Nous allons boucler l’international dans la semaine et revenir attendre l’ouverture officielle. Nous allons nous atteler pour l’intérieur du Mali et l’ensemble des régions », affirme Nouhoum Togo, chargé de communication du cabinet de chef de file de l’Opposition. Selon lui, on n’attend plus que le coup d’envoi. « Nous sommes prêts aujourd’hui pour l’organisation. Nous avons des démembrements, des structures, une convention de partis politiques pour gagner dans les jours à venir ».

A l’intérieur du pays, celui qui aurait voulu porter les couleurs de l’ADEMA Pasj s’implante déjà. « Je suis suffisamment organisé. J’ai des cellules dans toutes les régions, sauf à Kidal », informe Kalfa Sanogo, candidat de la Coalition Kalfa 2018. Sikasso, région dont cet ancien Directeur général de la CMDT est natif, est un véritable réservoir d’électeurs. Du côté du parti présidentiel, contacté mais qui n’a pas répondu à nos sollicitations, aucune réponse quant à l’approche retenue pour mettre en avant le candidat-Président Ibrahim Boubacar Kéita ne nous est parvenue.

Stratégies de (re)conquête

Accéder à la magistrature suprême s’avère être un exercice complexe. Mais l’idée de séjourner au Palais de Koulouba aiguise bien des appétits. Stratégies de mobilisation et lignes directrices de campagne se précisent. Des moyens faramineux et des ressources humaines considérables sont en train d’être mobilisés. Le duel entre les caciques politiques et les nouveaux venus donnera un caractère particulier à cette élection.

Pour la troisième fois, Soumaila Cissé, candidat de l’Union pour la République et la Démocratie (URD) s’engage. Cette fois-ci, il croit en ses chances. « Il y a au moins cinq secteurs qu’il faut défendre devant le peuple malien : la sécurité, sans laquelle rien ne sera possible, l’agriculture et l’élevage, qui sont la base, la santé, qui est une priorité, l’école, pour un nouveau type de Malien, capable de se réinventer », résume Nouhoum Togo. « Le travail que nous sommes en train de faire a pour matière première l’homme pour, opérer le changement », poursuit-il.

L’alternance est devenue le maitre mot. Chacun se propose d’amoindrir les souffrances des populations en « agissant » autrement. « Nous allons présenter le programme, des projets, des idées, aller sur le terrain du débat, pour faire en sorte qu’on sorte de tout ce qui a été une campagne de surface depuis des années. Il est temps aujourd’hui que ceux qui aspirent à gouverner ce pays commencent à faire des propositions en matière de retour de la paix, de sécurité, de développement économique, de création d’emplois et de richesse, dans tous les domaines qui concernent le bien-être de la population », souligne le Secrétaire politique de l’ADP Maliba. Pour les candidats, le combat se gagnera aussi dans les détails. Le lieu de lancement des activités officielles est pour le moment un « mystère ». « Je laisse planer le doute », confie un fervent militant de l’ADP Maliba. Même stratégie dans le camp de Soumaila Cissé.

Pour le candidat Kalfa Sanogo, qui participe pour la première fois à une présidentielle, battre campagne peut se faire « autrement ». « Il ne s’agit pas de faire des déplacements en grande pompe, mais de sensibiliser, de motiver les populations et de proposer du changement par rapport à ce qu’elles vivent ». Selon lui, la confiance des électeurs se base sur la jonction de l’acte à la parole. « Parler et dire voilà ce que j’ai pu faire », telle est la démarche que se propose le maire de Sikasso.

L’équation du nord et du centre

Si la volonté de tenir cette élection à date est réelle, les défis se multiplient chaque jour. L’insécurité au centre et au nord du pays, les attaques récurrentes des groupes terroristes, la récente grève des administrateurs civils suscitent des inquiétudes. Les parties signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali avaient convenu de sécuriser le processus électoral, avec l’appui de la mission des Nations Unies (MINUSMA). Mais la dernière session du Comité de suivi de l’Accord avant la présidentielle n’a pas abordé ces questions. Pire, des divergences entre la CMA et la Plateforme sur les directions des autorités intérimaires au niveau des cercles ont relégué au second plan l’ordre du jour de la rencontre.

Le ministre de la Sécurité intérieure et de la protection civile, le Général Salif Traoré, a récemment présenté un plan de sécurisation du processus. 11 000 agents environ seront mobilisés, avec l’appui des partenaires. « Nous souhaitons mener campagne sur l’ensemble du territoire national. Maintenant, il revient aux autorités pour organiser des élections convenables, transparentes, libres et crédibles, de créer des conditions de sécurité adéquates. Nous sommes prêts à aller au contact de tous les Maliens, où qu’ils se trouvent, parce que chacun d’entre eux mérite de se sentir concerné par la gouvernance de son pays », clame Cheick Oumar Diallo.

Une difficulté qu’a soulignée le chargé de communication du cabinet de chef de file de l’Opposition au ministère de l’Administration territoriale. « Nous allons livrer campagne dans des situations exceptionnelles et difficiles, mais nous ferons le travail avec beaucoup d’imagination et de préoccupation pour la sécurité », assure Nouhoum Togo, espérant une évolution positive de la situation. L’absence de l’administration dans plusieurs cercles au nord et au centre et une certaine indifférence des populations face à ce scrutin pourtant essentiel sont autant de facteurs à considérer.

Que prioriser ?

La profondeur de la crise que traverse le pays oblige à des efforts inédits. Au-delà des déclarations enflammées, c’est l’urgence de rétablir la paix et la sécurité qui hante les citoyens. « On nous avait promis que l’honneur des maliens et leur dignité seront rétablis, mais aujourd’hui le centre nous échappe et le Mali est en train de tomber. La seule solution pour relever le défi est de discuter, de s’asseoir et d’évaluer ce qui a marché ou pas depuis cinquante ans », propose Nouhoum Togo. Les débats, l’ADP Maliba les attend « sans peur ». « C’est notre capacité à ressembler, à travailler, à reconstruire la confiance entre l’État et les citoyens que nous mettrons en avant, pour faire en sorte que le développement économique soit une réalité », précise le Secrétaire politique de l’ADP Maliba.

En attendant le 7 juillet, la mobilisation s’accentue. Reste à savoir qui des candidats, au-delà des slogans, glanera la majorité des précieuses voix des Maliens le 29 juillet et éventuellement le 12 août prochain.

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