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KANKAN : les Sédès ou la tradition au service du développement

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Très souvent, on assimile, sans doute de manière trop sommaire, l’ensemble des traditions africaines à quelque chose d’arriéré ou d’anti-progressiste. Eh bien, en voici une qui rime plutôt avec progrès et développement. Il s’agit du phénomène qui, à Kankan, dans l’est du pays, est connu sous le nom de ‘’Sedè’’. Une structuration de la société autour des classes d’âges sur laquelle veille rigoureusement la notabilité. Ce, depuis 200 ans ! On en compte actuellement cinq qui se relaient tous les cinq ans, la responsabilité de la gestion et de l’animation de la ville. De fait, bâti autour d’une saine émulation, le phénomène de Sedè intègre les notions de responsabilité et de gestion comme un devoir à accomplir pour améliorer les conditions de vie des populations à la base et du développement local. Ainsi, tous les cinq ans, dans une démarche qui n’a rien à envier à la démocratie moderne (et où la question du nombre de mandat ne fait l’objet d’aucun débat), un Sédè passe le témoin en laissant des empreintes dans l’optique du développement de la communauté.  Illustration avec la passation de témoin entre le Sédè Doudiaya et celui de Diamanadiya. Notre correspondant qui y était, rend compte.

C’est la grande mosquée de Kankan qui a servi de cadre à la cérémonie. Y étaient tout naturellement les personnalités religieuses les plus en vue, mais celles politiques et administratives.Mohamed Lamine Ringo Kaba, coordinateur des Sèdés auprès de la notabilité de Kankan,  a  souligné la portée de l’évènement. « Les sèdès sont sous la responsabilité exclusive de la notabilité de Kankan. Ce sont des associations de groupes d’âges, composées d’hommes et de femmes qui collaborent dans le sens du développement socioculturel de la cité. Elles interviennent dans les cérémonies de mariage, de baptême, de décès, etc », a-t-il indiqué.

Poursuivant son explication, il rapporte que le Sèdè Sandiaya est l’ancêtre de tous les autres. Il aurait été respectivement suivi, selonlui, par Herèmakonoya, Doudiaya, Diamanadiaya et enfin Dandiaya.

Pour sa part, Kaba Moriba, coordinateur du sèdè sortant, a noté les acquis de sa génération. « Notre première action a été de doter l’hôpital régional de Kankan, d’une chambre froide pour la conservation des corps. Pour cette grande mosquée, on a offert 24 latrines, un dépotoir d’ordures et un hangar pour la notabilité qui prend les grandes décisions. On a aussi procédé à la rénovation des murs du grand cimetière de la ville, sans compter d’autres actions  pour le développement de notre cité », a-t-il  listé.

Pour réaliser toutes ces activités, selon Moriba Kaba, il y a eu l’aide de plusieurs personnalités de bonne volonté. « Nous avons su tirer profit de l’organisation de la grande Mamaya de Kankan », a-t-il précisé.


De fait, durant son mandat, c’est au Sédé qu’il revient la responsabilité de cette cérémonie religieuse autour de la fête de Tabaski. Les fonds récoltés à l’occasion auraient aidé à supporter les dépenses relatives aux actions menées par le Sèdè.

 « Les grandes personnalités que nous invitons de par le monde ne viennent pas les mains vides. Quand ils comprennent le bien-fondé de nos projets pour la société, ils  n’hésitent pas à nous accompagner financièrement et moralement », affirme-t-il.

Les membres du nouveau Sèdè entrant, ont dit être conscients de leur investiture par le pouvoir des sages de la localité. «  C’est une lourde responsabilité,  celle d’œuvrer pour le rayonnement de la ville », ont-ils indiqué. Ainsi,  ils  se sont engagés à mettre sur pied, le plus vite possible, une commission de réflexion qui va statuer sur les différentes actions à exécuter durant  les cinq années à venir.

«  Kankan est une grande ville. Le besoin pour son développement est aussi grand. En tout cas en ce qui concerne notre Sèdè, nous sommes en train de mettre en place une commission qui aura la  charge de  nous situer dans notre mission pendant les cinq années que les sages viennent de nos octroyer », a déclaré Amara Kaba, représentant du Sèdè entrant.

Enfin, c’est par une récitation des versets du coran que cette cérémonie de passation  a pris fin. Notons que c’est en 1751, qu’à l’initiative de M’bemba Kabinè Kaba, figure incontournable dans l’histoire du Nabaya (Kankan), les premiers Sédès ont été formés.


Depuis cette époque, ils ont pour principales tâches de veiller au respect des valeurs traditionnelles et des principes religieux en vigueur dans la société et d’organiser chaque année, la grande fête de réjouissance célébrée sous l’appellation ‘’Mamaya’’.

Cheick-Sékou BERTHE correspondant régional www.ledjely.com.

Contact : 620 008 985

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