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LATRINES : comment a-t-on réussi le pari de l’engagement des communautés ?

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La défécation à l’air libre est une pratique qui est ancrée depuis belle lurette dans les us et coutumes des communautés. Mais elle n’est pas sans conséquences néfastes pour elles, notamment la contamination de leurs eaux et de leurs aliments. La résultante de cette pratique est la récurrence cyclique des maladies hydriques, surtout en période hivernale.

Pour réussir un changement de comportements dans certains villages de la région administrative de Kindia, les partenaires avec le concours des autorités régionales en charge de l’environnement et de l’assainissement, ont opté pour l’approche ATPC (Assainissement Totalement Piloté par la Communauté). Cette approche consiste à encourager la communauté à analyser sa propre situation en matière d’hygiène et d’assainissement, ses pratiques en matière de défécation et leurs conséquences. Et ce, pour susciter une action collective se traduisant par la construction des latrines par la communauté sans subvention extérieure.

En Guinée, l’ATPC est conduit par le ministère de l’Environnement et des Eaux et Forêts à travers sa Direction nationale de l’Assainissement et du Cadre de Vie (DNACV). Les Directions régionales assurent l’opérationnalisation de l’ATPC dans les communautés avec l’appui technique des ONG spécialisées.

Dans la région de Kindia, grâce au financement du gouvernement néerlandais, avec l’appui technique et financier de l’UNICEF, la Direction régionale de l’Environnement et des Eaux et Forêts, travaille en étroite collaboration avec l’ONG VGAC (Volontaires Guinéens pour l’Assistance Communautaire).

Aboubacar Kéita, Président du district de Kömaya devant deux latrines — S. M. KOUNDOUNO © UNICEF Guinée

Pour accompagner les communautés, cette dernière s’est d’abord muée en pédagogue en formant les présidents de districts de la commune rurale sur les outils de déclenchement. Après une formation théorique et pratique, les présidents de districts ont été déployés sur le terrain avec pour objectif de réussir le déclenchement au niveau communautaire, c’est-à-dire dans les 14 districts de la commune rurale de Samaya. C’est au cours de l’application de ces outils de déclenchement que les conséquences de la défécation à l’air libre sont énumérées et des propositions de solutions faites comme nous l’explique son Président, Nogus Mohamed Thouraye : « pendant le déroulement des outils, nous demandons à un volontaire appelé leader naturel de tracer la carte de son village et d’y indiquer les lieux de dynamique sociale tout en mentionnant la présence ou non des latrines. C’est ainsi que le manque de latrines émerge de lui-même. Ceci fait, nous énumérons à travers un brainstorming, les conséquences liées à ce manque de latrines pour leur santé et leurs avoirs financiers et des propositions de solutions sont conséquemment faites par la communauté elle-même ».

Aboubacar Keita, Président du district de Kömaya dans Samaya, qui a suivi cette formation, nous fait part de l’effet qu’elle a porté sur lui et comment il a réussi à amener ses citoyens à prendre en main leur environnement sanitaire de façon autonome, et ce, pour leur mieux-être « au terme de cette formation offerte par VGAC, j’ai réalisé que nous sommes nous-mêmes acteurs de la compromission de notre santé et depuis ce jour, je me suis dit qu’il faut que je fasse tout mon possible pour débarrasser ma communauté des maladies évitables à travers le maintien d’un environnement sain. Arrivé ici chez moi, j’ai convoqué une réunion au cours de laquelle, j’ai exposé de long en large sur les conséquences de la défécation à l’air libre en guise de restitution et par la suite, nous nous sommes accordés sur le fait que chacun doit se doter d’une latrine ».

Les autorités régionales en charge de l’environnement y ont joué leur partition. « Notre implication s’explique surtout par le fait que ce projet s’inscrit non seulement en droite ligne de nos objectifs, mais il permet de donner une bonne santé à nos citoyens. Nous avons travaillé en tandem avec VGAC

Lanfia Diané, Directeur régional de l’environnement et des eaux et forêts de Kindia — S. M. KOUNDOUNO © UNICEF Guinée

pour réussir la réalisation de cet ATPC dans les villages déclenchés. Nous en sommes vraiment très flattés et nous remercions, le gouvernement néerlandais, l’UNICEF et son ONG partenaire pour cette initiative, qui nous l’espérons, va se poursuivre pour le bonheur de nos citoyens », sollicite Lanfia Diané, Directeur régional de l’Environnement et des Eaux et Forêts de Kindia.

Aujourd’hui, dans la commune rurale de Samaya, l’on note 137 villages certifiés FDAL (Fin de la Défécation à l’Air Libre) sur 150 initialement déclenchés. Les 13 autres recalés suivent toujours le processus de certification.

L’ATPC ne vise pas seulement la construction de latrines, il y a aussi la compréhension de la communauté des risques sanitaires liés à la défécation à l’air libre et au manque d’hygiène. Lanfia Diané s’inscrit déjà dans cette dynamique : « la deuxième phase de l’ATPC que nous recherchons est la durabilité. Que les gens qui ont compris la nécessité de disposer d’une latrine puissent l’intégrer comme une pratique culturelle sans discontinuité à travers l’amélioration à tout moment des latrines, l’hygiène et l’assainissement ».

Pour permettre aux communautés de maintenir le cap, les autorités régionales en charge de l’environnement et de l’assainissement ont plaidé pour un suivi ponctuel.

Saa Momory KOUNDOUNO, UNICEF Guinée

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