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L’entrepreneur Julien Foussard dans le collimateur de la justice pour pratique commerciale trompeuse et blanchiment

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Il y a encore quelques mois, il était sous le feu des projecteurs et apparaissait comme un modèle de réussite dans la French Tech, mais l’avenir de Julien Foussard devrait finalement se jouer à la barre d’un tribunal. Et pour cause, les activités de cet entrepreneur avec son entreprise londonienne Iron Group ont fini par éveiller la curiosité de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui a mené une enquête pendant un an avant de la transmettre au parquet de Paris. 

Les charges qui pèsent sur Julien Foussard sont particulièrement lourdes puisque les investigations menées ont abouti à l’ouverture d’une information judiciaire le 27 juillet dernier pour pratique commerciale trompeuse et blanchiment. Il faut dire que l’entrepreneur de 33 ans n’est pas inconnu des radars de la justice avec cinq condamnations définitives prononcées à son encontre depuis 2012, pour des faits d’escroquerie ou pratique commerciale trompeuse, relate Le Monde. 

Un préjudice estimé «à plus de 100 millions d’euros»

Cette fois-ci, les faits qui lui sont reprochés pourraient lui valoir une peine très lourde puisque sa société est soupçonnée d’avoir escroqué des milliers de Français en proposant des documents administratifs en échange d’une somme dérisoire, cachant en réalité un mécanisme d’abonnement de plusieurs dizaines d’euros. Le montant du préjudice est colossal puisqu’il s’élèverait «à plus de 100 millions d’euros», selon une source proche de l’enquête citée par le quotidien.

Fondée en 2014 par Julien Foussard, Iron Group a créé des milliers de sites pour vendre des documents administratifs, comme des vignettes Crit’Air (certificat qui classe les véhicules en fonction de leurs émissions polluantes), pour des prix défiant toute concurrence… en apparence. «Sa technique? Placer un gros bouton, en haut du site, proposant un service contre une somme modique», explique Le Monde. Et de préciser la combine utilisée par la société basée à Londres : «Plus bas, une mention écrite en petits caractères précise qu’un abonnement sera contracté.» 

En mai, Julien Foussard recevait le prix LVMH de l’innovation 

L’arnaque aurait pu avoir un impact limité si les sites créés par Iron Group n’avaient pas été bien référencés, sauf que la société a massivement investi dans la publicité pour que ses sites apparaissent dans les premières positions des résultats de recherche sur Google. «On cramait entre 20 000 et 50 000 euros par semaine de pub par site», a confié un ancien salarié au quotidien. Grâce à ce système, les sites ont attiré de nombreux internautes, qui mettent un peu de temps à s’apercevoir de la supercherie, «au bout de deux mois et demi en moyenne, soit après environ 125 euros de préjudice», indique une source proche du dossier citée par Le Monde. Et quand Google a fini par bannir les sites d’Iron Group, la société a créé des «sites vitrines» ainsi que des sociétés fictives pour remplacer la dénomination Iron Group dans les mentions légales.

Malgré les combines de Julien Foussard pour ne pas éveiller les soupçons de la justice, l’enquête menée par la DGCCRF semble avoir inquiété l’entrepreneur. Dans la foulée de l’ouverture d’une information judiciaire le 27 juillet, la société a mis la clé sous la porte le 16 août. La chute est brutale pour celui qui a reçu en mai des mains de Bernard Arnault le prix LVMH de l’innovation pour sa dernière start-up, la solution de paiement Oyst. Ironie du sort, la révélation de cette affaire intervient au lendemain du lancement par le gouvernement d’une campagne de prévention contre les faux sites administratifs, à l’origine d’au moins 150 millions d’euros de préjudice pour les Français par an, selon le ministère de l’Économie et des Finances. 

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