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NBA – Cheick Diallo : ” Rentrer au Mali a été plus quebénéfique pour moi “

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Enfant de Kayes, dans l’Ouest du Mali, et basketteur de NBA, Cheick Diallo revient sur cette première saison chez les New Orleans Pelicans en tant qu’ailier fort.


Il y a un an, dans mon premier article, je vous présentais mon parcours du Mali jusqu’aux parquets de la NBA. ​Aujourd’hui, je reviens pour donner des nouvelles et vous dire où j’en suis. En une année, j’ai vécu énormément de choses qui m’ont changé. En regardant tout le chemin parcouru, de mon départ de Kayes, à mes débuts en NBA la saison dernière, je suis fier. J’ai réussi à atteindre le premier objectif que je m’étais fixé. Je me dis également que l’enfant que j’étais, quand j’ai quitté Kayes, a grandi et est devenu un homme. Jouer en NBA, réussir à intégrer la meilleure ligue du
monde et faire partie de ce cercle fermé est incroyable. C’est ce à quoi j’ai consacré ces années de travail acharné.

Depuis mon entrée en NBA, mes objectifs ont évolué. Vous savez, entrer en NBA est une chose, mais s’inscrire dans la durée en est une autre. Mon objectif désormais est de devenir un joueur NBA
confirmé, de devenir le meilleur joueur possible, et pour cela il n’y a pas de formule secrète, travailler encore et encore. Par contre, ma vision ne change pas, celle de laisser mon empreinte dans l’histoire de mon sport. Je veux inspirer la jeunesse africaine en montrant qu’avec du dévouement et beaucoup de travail on peut changer le cours de sa vie, quel que soit le rêve ou l’objectif.

Je voulais montrer que je pouvais apporter plus à l’équipe

Travail et persévérance

La saison dernière a été pour moi une saison d’adaptation et d’apprentissage. Si je devais résumer cette année en deux mots, ça serait : travail et persévérance. La saison des Pélicans a été mouvementée avec l’arrivée de DeMarcus Cousins, la course pour les playoffs et tous les blessés. Il fallait que je donne le meilleur de moi-même avec un temps de jeu limité. J’étais conscient que mon rôle en tant que rookie (débutant) était d’apporter de l’énergie et de l’intensité défensive. Je voulais montrer que je pouvais apporter plus à l’équipe.

Afin de me perfectionner, nous avons décidé avec mon coach de m’envoyer jouer en D-League, la ligue de développement de la NBA, pour avoir plus de temps de jeu et parfaire mon apprentissage. Cette décision n’a pas été facile à prendre mais je savais que cela me serait bénéfique. J’ai joué 26 matchs en D-league où chaque soir j’ai donné le meilleur de moi-même sur le terrain, avec un seul objectif en tête : retourner dans l’effectif des Pélicans et pouvoir montrer de quoi je suis réellement capable. La D-League a porté ses fruits, je suis revenu dans l’effectif avec plus de temps de jeu et trois matchs solides contre les Portland Trail Blazers, les Los Angeles Clippers et les Los Angeles Lakers.

Retour au Mali

Ma saison en tant que rookie a été intense et éprouvante mais la seule chose qui me venait à l’esprit était mon retour au Mali. Je ressentais à la fois un sentiment d’excitation et d’appréhension. J’étais vraiment impatient de retrouver ma famille et mes amis que j’avais laissé. J’étais parti si jeune, mon dernier souvenir quand je repense au Mali est la tristesse de ma mère au moment de lui dire au revoir. Ma famille a toujours été un moteur dans ma vie et si je suis parti c’était aussi pour les rendre fier. À mon atterrissage à Bamako après 12 longues heures d’avion j’avais hâte qu’ils voient l’homme que je suis devenu.

Je me sentais dans la peau de l’enfant du pays qui rentre à la maison après avoir réussi

Arrivé à l’aéroport, j’ai été accueilli par la fédération malienne de basketball et une foule de personnes m’attendait à l’hôtel. Il fallait maintenant dix heures de voiture pour arriver à Kayes, j’étais exténué mais plus je me rapprochais de ma ville plus les gens affluaient autour de notre voiture. À l’entrée de la ville, à ma grande surprise, une foule immense était là pour m’accueillir ! C’était incroyable, j’ai été vraiment touché et d’ailleurs je tiens à remercier toute la ville de Kayes pour cet accueil ! Des gens nous suivaient à moto avec des pancartes « bienvenue à Kayes Cheick Diallo ». J’étais fier et ému de voir que tout ces gens m’avaient suivi durant toutes ces années et étaient là pour mon retour. Je me sentais dans la peau de l’enfant du pays qui rentre à la maison après avoir réussi et que pour toutes ces personnes, ma réussite est aussi la leur. Je pouvais voir la fierté dans leurs yeux, je n’oublierai jamais ce moment, jamais !

Dès mon arrivée à Kayes, avec Tidiane Drame, mon mentor, nous sommes allés au stade pour une conférence de presse en présence du maire de la ville. Tout le monde me posait des questions sur
ma nouvelle vie. Partout où j’allais les gens me disaient à quel point ils étaient fiers de moi et heureux que je n’ai pas oublié Kayes. La chose que j’attendais le plus était évidemment de retrouver ma famille, mes amis d’enfance, de pouvoir passer du temps avec eux et de me reposer. L’un de mes meilleurs souvenirs durant mon séjour a été de revoir mon maître d’école de 5e année qui me disait déjà tout petit qu’il croyait en moi. Vous savez quand quelqu’un croit en vous depuis le début et que vous revenez le voir des années après c’est très émouvant, c’est un sentiment indescriptible.

Force supplémentaire

Rentrer au Mali a été plus que bénéfique pour moi, ca m’a permis de faire le vide dans ma tête, de profiter de l’instant présent et de me ressourcer auprès des miens. Le simple fait d’être revenu dans ma ville natale m’a permis de repartir avec une force supplémentaire. Je sais que quoiqu’il arrive, quand je suis aux États-Unis, je ne suis pas seul, j’ai tout une ville, tout un pays voire tout un continent derrière moi. J’ai pris conscience que mes premiers accomplissements renforcent ma posture de modèle. Je suis maintenant une source d’inspiration pour les jeunes. Je réalise que j’ai une responsabilité supplémentaire et je suis prêt à l’assumer. J’ai de la chance, mon parcours est fait de plein d’expériences différentes et de leçons de vie. Le Mali fait partie de moi, de mon histoire et de mon identité. J’ai quitté le Mali plus déterminé que jamais.

Peu importe ce que me dit Anthony Davis, je l’écoute

Dès mon retour à la Nouvelle-Orléans je me suis remis au travail. Les Pelicans m’ont préparé un travail spécifique basé sur la prise masse musculaire, le travail défensif notamment sur pick and roll, le tir extérieur et le jeu au poste bas afin d’être prêt pour la nouvelle saison. J’ai la chance d’être entouré de deux des meilleurs joueurs de la ligue : Anthony Davis et DeMarcus Cousins. J’apprends beaucoup à leur contact, je suis en opposition contre eux chaque jour à l’entrainement et ils me donnent beaucoup de conseils. Pendant l’entraînement, DeMarcus Cousins me parle beaucoup, et il me dit souvent « Voilà ce que tu dois faire quand tu défends sur des joueurs plus grands que toi ».J’observe également beaucoup Anthony Davis, j’essaye de prendre exemple sur lui. Peu importe ce qu’il me dit, je l’écoute.

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À toi de façonner ton futur

Je sais que la suite du chemin est encore longue, mais chaque étape en vaut la peine. Mon but est de monter en puissance dans la NBA, malgré les obstacles et les difficultés je m’en suis toujours sorti. Ma devise, « shape your destiny« , que je reprends régulièrement sur mes réseaux sociaux avec le hashtag #ShapeYourDestiny représente exactement ma façon de penser. C’est à toi de façonner ton futur, ta destiné. Il faut prendre ton destin en main et aller à l’encontre des obstacles pour devenir celui ou celle que tu veux. C’est le message que je souhaite transmettre à toutes les personnes qui me suivent et qui se sentent inspirées par mon parcours, quel que soit leur objectif dans la vie.

Mon retour à Kayes m’a également fait prendre conscience que je pouvais aider beaucoup de personnes de part ma position. C’est pour cette raison que j’ai rencontré les dirigeants de Solektra lors du All-Star week-end 2017, une entreprise notamment connue pour son programme « Akon Lighting Africa » en partenariat avec le chanteur Akon. Nous avons commencé à réfléchir à des actions à mener en commun. J’aimerais à l’avenir m’investir dans différents types de projets. Par exemple, j’ai profité de mon séjour à Kayes pour visiter des hôpitaux et des camps d’entraînements de basketball.

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Cette première saison NBA est passée à une vitesse folle, j’ai découvert un nouveau monde et j’ai également un nouveau statut. J’ai réalisé un certain nombre de choses cette année. Cette prise de conscience a été bénéfique pour mon développement en tant que joueur mais surtout en tant qu’homme. L’accueil lors de mon retour à Kayes a été extraordinaire et je ne remercierai jamais
assez les Kayesiens pour cela.

Je profite de cette occasion pour remercier également tous ceux qui me suivent et me supportent, notamment sur les réseaux sociaux, et à qui je n’ai malheureusement pas toujours le temps de répondre. Merci aux Congolais, aux Sénégalais, aux Ivoiriens, aux Camerounais, aux Centrafricains, aux Algériens, aux Tunisiens, aux Marocains, aux Kenyans, aux Gabonais, aux Guinéens, aux Angolais, aux Mauritaniens, aux Burkinabè, aux Béninois, aux Nigériens, aux Nigérians, aux Ghanéens, aux Togolais, aux Tchadiens et biens sûr aux Maliens pour les différents messages d’encouragement, ça me va droit au cœur !

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Aujourd’hui je suis dans ma deuxième saison NBA, mon équipe se porte bien, nous sommes arrêtés au deuxième tours des playoffs, là où personne ne nous attendait. Nous avons affrontés une des
meilleures équipes de la ligue, les Golden State Warriors après avoir éliminé l’équipe de Portland Trail Blazers. J’ai eu plus de temps de jeu et plus de responsabilités durant cette saison et j’ai participé à mes premiers playoffs.

Je travaille d’arrache-pied pour consolider ma place dans cette ligue. Je reste maître de mon destin, mon travail et mes performances décideront de la suite de ma carrière. Mon nom est Cheick Diallo, je viens de Kayes, je suis ailier fort pour les New Orleans Pelicans.

#ShapeYourDestiny

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