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Paris – Un «boss» du narcotrafic européen devant le juge

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Il est présenté comme l’un des plus gros narcotrafiquants d’Europe: le Britannique Robert Dawes est jugé à partir de lundi aux assises à Paris, soupçonné d’avoir importé par un vol Air France 1,3 tonne de cocaïne, saisie à Roissy en 2013. Dawes, 46 ans, comparaît avec deux autres Britanniques et trois Italiens devant la cour d’assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels. Cinq des six accusés sont jugés pour «importation de stupéfiants en bande organisée», un crime passible de 30 ans de réclusion et 7,5 millions d’euros d’amende.

Le 11 septembre 2013 au matin, un vol Air France Caracas-Paris se pose à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. A son bord: 1 300 kilos de cocaïne pure répartie dans une trentaine de valises n’appartenant à aucun passager et dont la valeur marchande est estimée à 50 millions d’euros. La spectaculaire saisie est réalisée sur la base de renseignements fournis à l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) et relatifs à une organisation criminelle britannique acheminant régulièrement de la drogue pour approvisionner des réseaux européens.

«Dans ce dossier fait un peu de bric et de broc, ce qui est spectaculaire, c’est la quantité saisie. Ce qui est pittoresque, c’est le processus d’infiltration», commente Luc-Philippe Febbraro, l’un des avocats des accusés. Cité comme témoin au procès, l’ex-gloire de la lutte anti-stups, le commissaire François Thierry, mis en cause dans d’autres affaires sur ses méthodes à la tête de l’Ocrtis et en particulier sa gestion des «indics», devrait être soumis au feu des questions de la défense.

Un épisode surtout apparaît «rocambolesque». Le matin même de l’arrivée de la cargaison, un bagagiste de Roissy approché par les trafiquants pour prêter main forte lors du déchargement aurait pris peur et se serait confié à un collègue, en fait un indic de la police anti-drogue, à qui il aurait donné un téléphone. Cet appareil permet de déclencher infiltrations et surveillances. Le 20 septembre 2013, un camion contenant 300 pains de cocaïne, sur le point de franchir la frontière franco-allemande et devant se rendre à Naples, est intercepté près de Forbach (Moselle). Le chauffeur italien, Marco Panetta, est interpellé. Libéré sous contrôle judiciaire, il comparaît libre au procès.

«Roman noir»

Quatre autres accusés avaient été interpellés le même soir: Nathan Wheat et Kane Price, originaires de la ville anglaise de Nottingham comme Robert Dawes, sont arrêtés alors qu’ils faisaient des achats sur les Champs-Elysées ; Vincenzo Aprea et Carmine Russo, en charge de la logistique et présentés comme des cadres d’un clan de la Camorra napolitaine, devant un logement à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne).

Les enquêteurs mettront aussi la main sur plusieurs téléphones Blackberry PGP («Pretty Good Privacy») cryptés, notamment prisés des criminels. Le patron présumé du réseau, Robert Dawes, est lui interpellé le 12 novembre 2015, dans sa luxueuse villa de la station balnéaire de Benalmadena, au sud de l’Espagne, dans le cadre d’une opération policière coordonnée par Interpol. Il est rapidement extradé vers la France et écroué.

Son organisation intéressait des policiers de différents pays depuis de nombreuses années et Dawes figurait parmi les objectifs de la National Crime Agency (NCA), l’agence britannique de lutte contre le crime organisé. C’est finalement la mise sur écoute de sa résidence espagnole, et une conversation dans laquelle il revendique la propriété des 1.300 kilos de cocaïne saisis à Roissy, qui a conduit à son arrestation.

Les avocats du Britannique ont tenté, en vain, d’écarter de la procédure cette sonorisation jugée «illégale», allant jusqu’à saisir la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Aux assises, les trois avocats de Dawes, Joseph Cohen-Sabban, Xavier Nogueras et Hugues Vigier, entendent «dénoncer» la vacuité du dossier, bâti selon eux «sur des rumeurs qui relèvent du roman noir et des éléments tronqués».

«Tout ce qui le concerne provient d’une procédure espagnole dans laquelle il n’a pas été mis en examen et encore moins condamné. Les autorités espagnoles n’ont donné à la France que des morceaux choisis», accusent-ils dans un communiqué transmis à l’AFP. La compagnie Air France est partie civile au procès, prévu pour durer jusqu’au 21 décembre.

(L’essentiel/afp)

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