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Peine de mort aux États-Unis – Il préfère la chambre à gaz à l’injection létale

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Russell Bucklew, 50 ans, condamné à la peine capitale pour un viol et un meurtre, est atteint d’une maladie rare et risque, selon ses avocats, de s’étouffer avec son propre sang si l’État du Missouri l’exécute par injection comme prévu. Le condamné demande donc à la Cour suprême d’invalider cette méthode et propose de mourir par suffocation dans une chambre à gaz. La haute cour, saisie en urgence, a déjà suspendu à deux reprises son exécution et a décidé de se pencher sur le fond du dossier. Elle doit entendre mercredi les arguments des deux parties.

En prévision de cette audience et afin de défendre la peine que pourrait causer une exécution ratée aux personnel pénitentiaire, d’anciens gardiens ou directeurs de prison comme Jerry Givens se sont portés parties à la procédure. «Être face à un détenu et lui prendre sa vie est un lourd poids à porter», ont-ils écrit en soutien à M. Bucklew. «Quand, comme ici, une exécution a peu de chances de bien se passer, la charge devient insoutenable.»

Protéger les bourreaux

«Avec ce gars, la drogue va peut-être mal réagir, pourquoi prendre ce risque?», interroge M. Givens qui a procédé au cours de sa carrière à 62 exécutions, par injection ou électrocution. Même quand tout se passait comme prévu, «je n’aimais pas les injections, je me sentais trop attaché», confie l’homme de 65 ans. «J’avais mes mains sur le type, il fallait que j’administre la drogue avec une seringue, alors que sinon, il me suffisait de pousser un bouton.»

À l’époque, il tient le coup, convaincu de n’être qu’un rouage au service de la justice. Mis en cause dans une histoire complexe de voitures volées, il se retrouve à la fin des années 1990 sur le banc des accusés. S’estimant injustement condamné, il perd confiance dans la machine judiciaire et devient un farouche opposant à la peine capitale. «Le système est cassé. Tant qu’on ne l’aura pas réparé, on ne peut pas continuer» à procéder à des exécutions, estime le retraité. Malgré son militantisme, son passé continue de le hanter. «C’est toujours là. Tant que les Américains continueront à procéder à des exécutions, ma cicatrice peut rouvrir à tout moment, et les souvenirs remonter».

«Alcool, drogues et cauchemars»

Jerry Givens est l’un des rares anciens bourreaux à parler ouvertement de son expérience même si, «ces dernières années, de plus en plus d’agents des services correctionnels ont exprimé leur malaise», rappelle Sarah Turberville, directrice de l’association Constitution project qui défend Russell Bucklew. Quand la Cour suprême a décidé d’examiner son dossier sur le fond, alors qu’elle ne se penche pas souvent sur les méthodes d’exécution, «on les a contactés pour savoir s’ils accepteraient de partager leur expérience avec la Cour», raconte-t-elle. «Et beaucoup ont été partants.»

L’un d’eux, Allen Ault a supervisé cinq exécutions dans les années 1990 en Géorgie. À la Cour, il explique que ses collègues et lui ont souffert de «quelque chose qui ressemble à du stress post-traumatique. Beaucoup se sont tournés vers l’alcool ou la drogue. Pour moi, les nuits où j’arrivais à dormir étaient entachées de cauchemars».

James Willett, qui ne fait pas partie des signataires, assure pour sa part «ne jamais avoir perdu une minute de sommeil», bien qu’il ait supervisé près d’une centaine d’exécutions à Huntsville, au Texas avant de prendre sa retraite en 2001. Il dit même s’être un peu endurci avec le temps. Avant d’ajouter: «Mais cela n’a jamais été facile de voir mourir une personne en bonne santé, surtout les jeunes hommes».

(L’essentiel/afp)

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