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RADICALISATION ET EXTREMISME VIOLENT: le discours de Pierre Buyoya au colloque de N’diamena

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Au terme d’un processus qui aura duré deux ans, la Mission de l’Union africaine au Sahel et le G5 Sahel, avec l’appui de leurs partenaires, peuvent se féliciter d’avoir pu rendre disponible un document cadre de référence pour la prévention et la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent au Sahel. Un document dont les autres pays (y compris ceux du pourtour sahélien) peuvent s’inspirer pour élaborer leurs propres stratégies en vue de faire face au même fléau. Aussi, de ce jeudi à demain vendredi, des experts et des membres d’organisations de la société civile et partenaires d’accompagnement, venus de divers horizons, sont réunis dans la capitale tchadienne pour l’adoption du dit document de référence. Et à l’occasion de la cérémonie d’ouverture de l’atelier, le Président Pierre Buyoya, ancien président du Burundi et Haut-représentant de l’Union africaine au Mali et au Sahel, dans son discours de circonstance, est revenu sur les étapes du processus d’élaboration du document. Discours que nous vous proposons ci-dessous. 

Excellence, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères, de l’Intégration Africaine, de la Coopération Internationale et de la diaspora

Excellences, Mesdames Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Représentant Spécial des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et  le Sahel,

Monsieur le Secrétaire Permanent du G5 Sahel,

Madame la Représentante de la Coopération Suisse au Mali,

Madame la directrice régionale du projet P4P, représentant l’USAID

Mesdames Messieurs les Ambassadeurs et les Représentants des Organisations Internationales,

Autorités religieuses et coutumières,

Distingués invités, Mesdames et Messieurs,

Chers participants,

Je voudrais à l’entame de mon propos remercier d’abord Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine de la République du Tchad, les représentants des institutions nationales et, à travers toutes ces autorités, le Gouvernement du Tchad qui a accepté d’abriter et de co-organiser le présent colloque, le cinquième d’une série, consacré à l’examen de la question de la prévention et de la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent au Sahel.

Je remercie également les pays du Sahel, les acteurs non étatiques, l’équipe de consultants, les Experts, les différentes associations qui, encore une fois, ont répondu à notre invitation et se joignent à nous aujourd’hui pour réfléchir, échanger et finaliser le document de travail soumis à notre validation.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

En octobre 2016 à Bamako, en partenariat avec le G5 Sahel et la Mission des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), avec l’appui de la Coopération Suisse, nous débutions cette série de colloques à caractère régional sur un aspect particulier de la lutte contre le terrorisme, à savoir la problématique de la prévention et de la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent dans la région du Sahel. Je me souviens encore de ces moments où le caractère « savant » des concepts de radicalisation et d’extrémisme violent retenait notre attention pendant plusieurs jours.

Quatre postulats de départ avaient motivé notre initiative :

Premièrement, aucun pays du Sahel ne peut, seul, faire face à la menace terroriste. La coopération régionale se trouve être la stratégie appropriée.

Deuxièmement, chaque pays de la région du Sahel doit se préparer et s’approprier toutes les stratégies de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent avant de pouvoir coopérer. C’est en cela que le produit final de nos colloques est une Référence pour que chaque pays puisse s’organiser dans la lutte contre l’extrémisme violent en fonction de ses propres réalités.

Troisièmement, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent est une lutte multisectorielle, en ce sens qu’elle ne doit pas se résumer au tout sécuritaire. En effet, le terrorisme se nourrit également des lacunes dans les domaines de la Gouvernance, du développement, de l’éducation, de la lutte contre la pauvreté, etc. C’est aussi une lutte multisectorielle parce que les Etats et leurs démembrements à eux seuls ne peuvent pas venir à bout de la menace, sans impliquer toute la société, c’est-à-dire les chefs traditionnels et communautaires, les responsables religieux, les élus à tous les niveaux, les associations de femmes ou de jeunes, les intellectuels, les communicateurs, bref, la société dans son ensemble, pour que chaque catégorie donne sa contribution.

Quatrièmement enfin, dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, il faut donner  une place de choix à la prévention, il ne faut pas attendre que le pays ou une communauté quelconque soient frappés pour agir. D’ailleurs, ne dit-on pas qu’il vaut mieux prévenir que guérir ?

Lutter contre la Radicalisation et l’Extrémisme violent, c’est comme soigner une maladie : il faut d’abord en connaitre les causes, ensuite connaitre les facteurs qui favorisent son éclosion et sa propagation.

Tout au long de nos débats dans les différentes capitales où nous étions, la prévention a été au centre de nos délibérations. De Bamako en octobre 2016 à Ouagadougou en juillet 2017, en passant par Niamey et Nouakchott respectivement en février et mai 2017, plusieurs étapes ont été franchies, tant du point de vue la maîtrise des écheveaux de cette matière qu’en ce qui concerne l’engagement des parties prenantes de la lutte contre l’extrémisme violent au Sahel.

Concernant la maîtrise des contours des concepts de radicalisation et lutte contre l’extrémisme violent au Sahel, ces colloques ont permis à l’ensemble des participants à ces colloques de savoir que la radicalisation est un processus de conviction ou d’auto-conviction qui débouche à terme à la perpétration d’actes de violence. Elle s’opère à travers des messages qui, en réalité, sont une manipulation des croyances religieuses, des réalités politiques et socio-économiques auxquelles les individus ciblés sont sensibles ou très attachés. Nous avons appris que ces messages sont véhiculés par des discours de personnalités qui ont une certaine autorité ou notoriété dans l’opinion, d’Experts comme ceux de la communication, des Maîtres religieux qui profitent soit de l’ignorance, soit d’une certaine vulnérabilité des populations auxquelles ils s’adressent.

C’est donc à ce titre que dans le choix des intervenants, nous avons donné la parole aux représentants de plusieurs couches sociales pour assurer une implication de la société dans sa diversité, au-delà des Etats et des Organisations. Ainsi, nous avons associé les chefs religieux car nous avons pensé qu’ils ont un rôle important à jouer, en ce sens que la manipulation concerne essentiellement le message religieux. Nous avons donné la parole aux intellectuels car ils sont les mieux armés pour déceler et déconstruire l’idéologie qui sous-tend la radicalisation. Les communicateurs qui jouent également un rôle important dans la formation ou la déformation de l’opinion ont été également privilégiés parmi les participants car la radicalisation se construit autour d’un certain nombre d’amalgames volontairement ou naïvement propagés par des communicateurs, des médias de masse, qui ne maitrisent pas nécessairement toutes les réalités des sociétés auxquelles ils s’adressent. Enfin, nous avons associés à cette réflexion les représentants de tous ceux qui ont une influence dans la société, notamment les associations des femmes et des jeunes car elles ont un rôle à jouer dans la propagation des messages au niveau des communautés.

Pour résumer, je dirai que c’est un véritable travail de sensibilisation, de mobilisation et de partage d’expériences réussies de lutte dans un certain nombre de pays de la région que nous avons réalisé durant ces colloques.

Excellence,

Mesdames Messieurs,

Notre objectif de départ était de déboucher sur une stratégie commune de prévention et de lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent au Sahel. Cependant, tenant compte des priorités des Etats de la région et des disparités des situations observées, les avis ont convergé vers une réorientation de cet objectif pour retenir plutôt l’adoption d’un document de référence, un « Document Cadre » pouvant aider les Etats de la région à adopter ou adapter leur stratégie nationale de manière à rendre celle-ci plus exhaustive et à prendre en compte la dimension régionale de cette lutte. A cet effet, à l’étape de Ouagadougou, nous avons décidé de recourir au service d’un Consultant pour l’élaboration dudit Document. C’est ici le lieu de saluer la présence d’un partenaire important, l’USAID, qui nous a rejoints depuis Nouakchott et qui a apporté une contribution essentielle pour la prise en charge de l’équipe des consultants, des travaux préparatoires et la tenue du présent colloque.

Durant cette étape cruciale de N’Djamena, nous avons la lourde tâche d’examiner, d’enrichir et de valider globalement les projets de Documents Cadre soumis par l’équipe de Consultants – que je félicite au passage pour la qualité du travail présenté – suivant une démarche d’élaboration progressive concernant le cadre de référence stratégique, le cadre de référence programmatique et l’annexe portant détails du plan d’action.

L’adoption de ces documents à l’issue de nos travaux constituera une étape fondamentale, un pas important dans la prévention et la lutte  contre la radicalisation et l’extrémisme violent au Sahel. Les pays du Sahel ont besoin de ce Document Cadre qui a la vocation d’être relativement complet en prônant des perspectives de solutions à ce phénomène. Mon souhait est qu’il serve  également de base à la coordination des actions des différents acteurs intervenant dans la région.

Notre rôle dans la promotion de ce projet ne s’arrête pas à la production du Document cadre que nous allons adopter. Nous sommes prêts demain à accompagner chacun des pays du Sahel à faire de sa stratégie une réalité sur le terrain, à la fois au sein des institutions nationales, des communautés de base et des structures associatives engagées dans la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent.

C’est sur ce vœu que je termine mon propos en réitérant mes remerciements au Gouvernement de la République du Tchad pour avoir accepté d’abriter et de co-organiser le présent colloque, à l’ensemble des partenaires pour leur accompagnement, à l’équipe de consultants, aux experts et à l’ensemble des participants pour leurs contributions.

Je vous remercie !

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