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RD CONGO : le grand saut pour Tshisekedi

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A priori, ce jeudi 24 janvier devrait être inscrit en lettres capitales dans l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC). Parce qu’en dépit de toutes les critiques émises ces derniers jours au sujet des élections du 30 décembre dernier, ce jour marque en quelque sorte la première transmission pacifique du pouvoir dans ce vaste pays de l’Afrique centrale. Et pour Félix Tshisekedi, au-delà de tout ce qu’on peut dire de la manière dont il hérite du pouvoir, ce devrait également être un jour mémorable. Outre l’alternance qu’il incarne, il a surtout l’occasion de réaliser le rêve que son combatif père n’aura malheureusement pas pu concrétiser, en dépit de la longue et âpre bataille qui fut la sienne. Sauf que pour le nouveau président, rien n’est gravé dans le marbre. En raison de la polémique et des suspicions qui entourent son élection, il a tout à prouver. Aussi, l’investiture de ce jeudi, quoique symbolique, ne sera point la fin, mais le commencement.

Ceci étant, contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le président sortant et celui entrant sont partis pour relever le défi de la mobilisation à la cérémonie d’investiture de ce jeudi. Certes, à Kinshasa, il n’y aura ni Macron, ni Trump. Pas non plus Xi Jinping ou une des têtes couronnées du Golfe. Mais tout de même, dix-sept chefs d’Etat du continent sont annoncés. Pas mal pour un président dont on disait il y a moins d’une semaine que son élection était entourée de « sérieux doutes ». Si les dirigeants rwandais, ougandais et zambien ne sont pas là, c’est certainement parce qu’ils avaient servi de tête de pont à la contestation des résultats rendus publics par la CENI congolaise. De ce côté donc, Tshisekedi n’a pas à se plaindre d’un quelconque isolement. D’autant que Paris et Washington, à leur tour, épousent le réalisme ambiant.

Mais on ne le dira jamais assez, le défi du nouveau président congolais n’est plus en rapport avec sa reconnaissance à l’international. Ce pari-là, il est plutôt dans la poche désormais. Mais celui de son indépendance vis-à-vis de la Kabilie, il va devoir le conquérir. Naturellement, le soutien que le président sortant lui a assuré dans son allocution d’hier, est quelque chose de rassurant. Mais on sait que les mots de ce discours-là étaient un peu de convenance. En d’autres termes, il n’y faut pas s’y fier. Car dans les faits, les rapports entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi seront à coup sûr plus tendus que ce que l’un et l’autre nous donnent à voir aujourd’hui. Plus exactement, ils seront dans un rapport de force. Plutôt attaché à l’influence qu’il continue à avoir sur les principaux leviers du pouvoir congolais, le président sortant bataillera dur pour conserver cet atout stratégique. Or, pour Tshisekedi, la survie et les résultats dépendront essentiellement de sa capacité à prendre son envol et à se libérer de l’emprise que Kabila semble avoir sur lui.


L’investiture aussitôt terminée ce jeudi, cette bataille en sourdine devrait commencer à se manifester à travers la composition du gouvernement. D’ores et déjà, il se susurre que la primature serait acquise au camp Kabila. En soi, cela n’aurait rien de surprenant vu que c’est la coalition du président sortant qui s’est taillée la part du lion aux élections législatives. Mais dans quelle mesure l’avis et les choix du nouveau président vont-ils compter dans la composition du reste de l’équipe gouvernementale ? A la réponse de cette question, on devrait déjà se faire une idée de quelle côté la balance pèse le plus.

Boubacar Sanso BARRY    

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