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RD CONGO: pressions croisées sur la CPI

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Ce lundi 17 septembre, n’est pas un jour ordinaire pour Jean-Pierre Bemba, le candidat recalé de la course à la présidence congolaise. En effet, en fonction de la teneur du verdict que rendra la Cour pénale internationale dans le dossier dit de « subornation de témoins » dans lequel le leader du MLC est déjà condamné, il devrait être fixé quant à ses ultimes espoirs de prendre part au scrutin du 23 décembre prochain. Mais dans l’attente de ce verdict, le pouvoir congolais lui non plus est en proie à une certaine fébrilité. La validité du rejet de la candidature de l’ancien vice-président par la CENI, puis par la Cour constitutionnelle dépendant fortement de la décision des juges de la CPI, le ministère congolais des Affaires étrangères s’est fendu ce week-end d’un communiqué assorti d’une dose suffisante de chantage à l’endroit de la Cour.

Jean-Pierre Bemba ayant déjà été reconnu coupable des faits à lui reproché, l’enjeu du verdict de ce lundi réside exclusivement dans l’ampleur de la peine qui lui sera infligé. En gros, s’il lui est infligé une peine d’emprisonnement supérieure à la période qu’il a déjà passée en prison depuis sa condamnation, lui et ses partisans devraient tout bonnement dire définitivement adieu à l’élection présidentielle de décembre. En effet, c’est la position des institutions congolaises qui en sortiraient alors renforcée. Des institutions qui avaient invoqué cette seconde affaire que traine l’ancien vice-président pour invalider sa candidature. Par contre, si les juges de la CPI se montrent quelque peu cléments et condamnent le leader du MLC à une peine inférieure à celle qu’il a déjà purgée, c’est lui qui sortirait gagnant de la bataille. En effet, il pourrait s’en prévaloir pour demander à la CENI et à la Cour constitutionnelle en RDC de revoir son sort.


Justement, sans préjuger de la décision que rendront les juges, on peut néanmoins relever une certaine fébrilité de la part des autorités congolaises. Chez elles, on sent une incertitude. Comme si elles redoutaient d’être placées en porte-à-faux, elles usent de subterfuges pour mettre la pression sur la CPI. Ainsi, le samedi dernier, le ministre des Affaires étrangères a rendu public un communiqué dans lequel, dénonçant des velléités d’instrumentalisation de cette dernière par des « gouvernements étrangers », il menaçait d’en faire retirer son pays. Avec une telle menace, le pouvoir congolais a conscience de taper là où ça fait mal. L’institution qu’est la CPI est aujourd’hui fortement affectée dans sa légitimité. En proie à une défiance en règle de la part de nombre de pays africains qui lui reprochent sa démarche trop sélective, elle a en outre plus récemment encore dû faire avec la sortie pas forcément flatteuse de Donald Trump à son encontre. Et c’est sur toutes ces fragilités que tente de surfer le pouvoir congolais dans l’espoir d’influencer le verdict attendu en sa faveur. L’ironie dans cette démarche c’est que Kinshasa, en agissant ainsi dit vouloir dénoncer l’instrumentalisation de l’institution. Comme dirait l’autre, c’est l’hôpital qui se moque de la charité non?

Boubacar Sanso BARRY

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