Ultimate magazine theme for WordPress.

TRANSHUMANCE: Aboubacar Sylla (enfin) confondu

18

Depuis qu’il a hérité des délicates responsabilités de porte-parole du gouvernement, c’est l’instant T qu’on attendait de sa part. Au sein de l’opinion publique, on scrutait le moment où Aboubacar Sylla, ex-porte-parole de l’opposition républicaine, aborderait la question précise des manifestations. Et d’une certaine façon, se sachant justement attendu au tournant, il avait jusqu’ici réussi à se dérober. Ainsi, durant toute la crise relative à la hausse du prix du carburant, il s’était bien gardé d’en dire un mot, passant subtilement et provisoirement le relais à son homologue de la communication et de l’information, Amara Somparé. Mais décidément, à l’issue du conseil interministériel d’hier, il n’avait aucune excuse. En tout cas, c’est lui qui a lu la déclaration du gouvernement sur les derniers événements à Conakry. Aussi, nous avons scrutée cette dernière pour la comparer à une autre sortie d’une autre époque du même Aboubacar Sylla. Et les enseignemetns, comme vous le verrez, sont plutôt édifiants. 

Des manifestations de l’opposition, le leader de l’UFC dit aujourd’hui qu’elles sont des“émeutes politiques récurrentes” et qu’elles constituent en outre des “tentatives de remettre en cause l’ordre public, la paix, et la sécurité dans la cite”. Quant aux jeunes manifestants, par la voix d’Aboubacar Sylla, ils sont accusés de se livrer “à des actes de violence, aggression de paisibles citoyens et de vandalisme dans la banlieue de Conakry”. On notera de passage qu’au chapitre bilan des manifestations, le porte-parole du gouvernement, parlant de trois morts, met davantage en exergue le policier.

De même, dans son compte-rendu, l’ancien porte-parole de l’opposition a fait état des regrets du conseil interministériel par rapport aux “propos et actes de défiance à l’encontre de l’Etat, des Institutions de la République, des forces de défense et de sécurité”. Par ailleurs, il n’oublie guère de préciser que les manifestations dont il s’agit sont “non autorisées”.

Ces quelques expressions tirées de la déclaration de l’actuel ministre des Transports et porte-parole du gouvernement symbolisent à elles seules le grand virage opéré par l’homme. Parce qu’il y à peine un an, le même Aboubacar Sylla, avec la même “conviction” dans la voix, disait l’exact contraire. Très exactement, le 4 octobre 2017, au terme d’une plénière de l’opposition républicaine tenue au QG de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dans un de ses célébres compte-rendus, il tenait les propos ci-après rapportés par nos confrères de Guineematin:


L’opposition républicaine s’est retrouvée cet après-midi au QG de l’UFDG dans le cadre d’une réunion extraordinaire d’urgence qu’on a convoquée pour statuer sur les dernières décisions qui viennent d’être prises par rapport aux manifestations qui sont programmées par l’opposition républicaine. Nous avions décidé depuis très longtemps d’entrer dans un cycle de manifestations, d’abord en vue de dénoncer le non-respect des dispositions de l’accord d’octobre 2016, mais également de dénoncer le mal-gouvernance exercée dans ce pays. Ces manifestations que nous avons tenues ont donné lieu à beaucoup de violences organisées par les forces de l’ordre, puisqu’il y a eu des personnes qui ont été tuées, parfois même après les manifestations, parfois même des personnes qui n’étaient pas partie prenante à ces manifestations, généralement par des tirs à balles réelles.

Tout le peuple de Guinée est aujourd’hui indigné de voir cet état de fait et surtout devant le fait que ces personnes qui se rendent coupables d’assassinats, de meurtres sur des citoyens désarmés, ne soient jamais poursuivis par la justice. Nous en sommes aujourd’hui à 83 personnes tuées lors de nos manifestations. Je ne parle pas de Galakpaye, de Saoro, de toutes ces péripéties que notre pays a connues et qui ont endeuillé la nation guinéenne. Je parle de nos manifestations, organisées par l’opposition républicaine, et jusqu’à aujourd’hui, comme nous le disons toujours, même une sanction administrative n’a pas été prise, même une simple suspension du groupe qui est affecté au maintien d’ordre au lieu où il y a eu des décès, cette décision n’a pas été prise.

Donc, nous avons décidé cette fois-ci, de dédier notre manifestation à la lutte contre l’impunité, contre l’utilisation d’armes de guerre dans le maintien d’ordre, contre les non-poursuites engagées vis-à-vis des coupables et des commanditaires de ces actes de violence qui endeuillent la nation guinéenne tout simplement parce que les Guinéens veulent jouir des droits constitutionnels pour pouvoir s’exprimer librement. Et, cette fois ci, dans un souci d’apaisement, dès que nous avons décidé d’organiser notre manifestation sur l’autoroute, nous avons réduit l’itinéraire simplement à la distance séparant la tannerie du stade de Bonfi.

Vous savez, par le passé, nous organisions nos manifestations sur l’autoroute à partir parfois de la Tannerie, parfois même plus loin et nous aboutissions généralement soit à l’esplanade du stade du 28 septembre, soit du palais du peuple. Cette fois-ci, nous avons voulu minimiser autant que possible les différents risques, les différents contacts avec certaines personnes, certains contre-manifestants, très souvent au niveau de la Casse.


Mais, malgré que nous ayons déposé les courriers d’informations à bonne date aux autorités locales concernées, c’est-à-dire, celles de Matam et de Matoto, nous n’avons reçu les réponses que maintenant, ici. C’est ce qui explique le fait que c’est si tardivement que nous tenons ce point de presse pour donner certaines informations. C’est maintenant que nous avons reçu, il y a à peine quelques heures. C’est à 15 heures pour une commune et à 16 heures pour l’autre. C’est-à-dire à moins de 24 heures du début de la manifestation. C’est une violation grave des dispositions légales dans ce pays. Car il est prévu, d’après notre code pénal, que lorsqu’on fait un courrier d’information au niveau des autorités locales concernées, la réponse doit parvenir au moins 48 heures avant la manifestation. Et, ces réponses sont non seulement négatives, mais sont, de notre avis, insuffisamment motivées. On peut refuser une manifestation dans les délais légaux, mais il faut que les arguments utilisés soit des motifs effectivement légaux, effectivement justes. Il se trouve qu’il n’y a pratiquement aucun motif digne de ce nom, sauf que l’autoroute permet tout simplement d’aller dans les centres administratifs et commerciaux de la capitale, il y a des stations service par ci, il y a un marché par là. Nous avons marché déjà trois fois sur l’autoroute, sans que lors de notre manifestation, cela ne donne lieu à des conséquences. C’est seulement au retour que parfois il y a eu des accrochages.

Nous disons que ces arguments ne nous semblent pas du tout valables et de toute façon, ils sont arrivés trop tard, à moins de 24 heures de la manifestation. Et la loi prévoit, qu’après 48 heures, s’il n’y a pas de réactions, on considère que la manifestation n’est pas interdite. Je ne parle pas d’autorisation, parce qu’il n’y a pas d’autorisation à donner. Il y a juste un avis d’information à donner aux autorités qui doivent réagir au plus tard dans les 48 heures avant la manifestation.

Donc, aujourd’hui, nous sommes dans une situation où nous avons décidé en toute légalité de maintenir la marche de demain sur l’itinéraire qui a été retenu, c’est-à-dire de la Tannerie au stade de Bonfi. Nous allons comme d’habitude faire le nécessaire avec nos services internes de maintien d’ordre, pour que, comme par les manifestations passées, qu’l n’y ait absolument aucune violence émanant en tout cas de nos militants et de nos sympathisants.


Il y a donc à peine un an, Aboubacar Sylla lui-même était dans le décompte macabre. Ils en étaient à 83 victimes. Bien entendu, à l’époque, à ses yeux, les violences lors de ces manifestations étaient organisées par les forces de l’ordre. Aujourd’hui, elles sont le fait de jeunes se livrant à du vandalisme. Il y a également un an, Aboubacar Sylla ne comprenait pas l’interdiction des manifestations par les autorités, parce que les motifs invoqués n’étaient pas suffisamment fondés. Aujourd’hui, le même Aboubacar Sylla prend le soin de relever que les violences sont consécutives à des « marches non autorisées ».

L’incohérence et l’inconstance qui transparaissent de cet exercice de comparaison tendent à démontrer que nous sommes en présence d’un fléau qui va au-delà des personnes Makanera et de Jean-Marc Telliano. C’est un virus auquel ne succombent pas que les faibles d’esprit. Et c’est aux Guinéens de savoir en tirer toutes les leçons.

Boubacar Sanso BARRY  

Print Friendly, PDF & Email
commentaires