Ultimate magazine theme for WordPress.

VIDEO DU PORT: plus qu’un aveu!

34

La Fatiha et les colas rouges sont-elles passées par là? Car il faut bien demander si le rituel par lequel les travailleurs ont commencé leur protestation d’avant-hier n’a rien à voir avec le spectacle avilissant auquel se sont livrées un peu plus tard les deux directrices du port autonome de Conakry. En effet, après avoir lu à plusieurs reprises la première sourate du Coran et distribué des colas rouges, les manifestants avaient notamment imploré que les « traitres » soient démasqués. A coup sûr, certains y verront l’effet des puissances irrationnelles ou occultes. Mais la dispute que Hawa Keïta et Aïssatou Aribot ont eue et dont la vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux, ne révèle pas que les dessous de la signature de la convention de concession du quai conventionnel du port. Elle est aussi et surtout révélatrice de bien d’autres tares de la gouvernance Alpha Condé.  

Personne ne devrait plus, Alpha Condé et Aboubacar Sylla en tête, s’évertuer à défendre le bien-fondé du contrat signé avec l’entreprise turque Albayrak, au sujet du quai conventionnel. Parce que la directrice générale et son adjointe ont été plus que claires. Ledit contrat n’est pas favorable à la Guinée. En tout cas, elles n’en sont pas convaincues. Qu’elles aient été obligées de le signer en est la preuve. Or, sur ce point, elles ont été très précises. Si la première a apposé sa signature au bas du document et que la seconde y a déposé le cachet, ce n’est point parce qu’elles étaient convaincues de la pertinence ou des avantages que le contrat apporterait à la Guinée ou à fortiori aux travailleurs du port. Pensant d’abord au fait qu’elles devaient leurs postes respectifs à un décret et conséquemment à la seule volonté d’un individu, elles n’ont pas réfléchi. Réagissant tout d’abord comme le fonctionnaire guinéen le plus ordinaire, elles se sont empressées d’exécuter une instruction du ministre. Se disant intérieurement qu’elles devaient d’autant plus se montrer diligentes que le ministre lui-même agissait suivant les fermes instructions du président de la République. Aussi, elles ont signé sans se poser la moindre question. Et voilà qui, à défaut de confirmer les critiques des détracteurs du contrat Albayrak, invalident néanmoins les arguments brandis aussi bien par le président de la République que par son ministre des Transports.

Mais comme on le disait plus haut, la tragi-comédie servie au monde entier par les deux directrices ne fait pas qu’accréditer sinon confirmer certains doutes émis au sujet du contrat. Plus globalement, elle dévoile de sérieux problèmes de gouvernance dans le dispositif Alpha Condé. Du chef de l’Etat en particulier, elle révèle un dangereux biais dans les critères de choix des hommes et des femmes auxquels il confie des responsabilités. En tout cas, il est désormais évident que la compétence et le degré de patriotisme n’ont pas toujours été les plus déterminants de ces critères. Autrement, ce n’est pas Oyé Guilavogui qu’on regretterait, comme c’est aujourd’hui le cas. Seul le président de la République est capable d’une telle prouesse. Mais il faut dire que dans l’ensemble, on a aujourd’hui des ministres qui sont loin d’égaler ceux qu’ils ont précédés à leurs postes respectifs. Pas étonnant que le slogan « le progrès en marche » peine à se traduire sur le terrain.


Mais revenons à Hawa Keïta et Aïssatou Aribot, désormais les directrices générales les plus connues du pays. Que nous apprend leur dispute à leur sujet? D’abord, qu’elles n’ont pas l’étoffe des dirigeantes qu’elles sont. Au point qu’elles n’ont pas contenu la pression. Carburant à l’émotion, elles ont tout déballé, dès les premières menaces. Qui plus est devant micros et caméras! Il s’y ajoute qu’elles ne sont pas l’incarnation ni de la discrétion, ni de la solidarité entre collaborateurs de service. On aurait cru qu’elles forment un tandem, qu’en cas de troubles, elles se soutiendraient mutuellement et surtout, quitte à perdre leurs postes, elles protégeraient leur hiérarchie. Voilà qu’on aurait tout faux. Non seulement, elles racontent tout au premier venu, mais surtout, elles sont enclines à sacrifier leurs patrons, si cela se révèle nécessaire à leurs yeux. Le tout sur fond de divisions et d’accusations réciproques et puériles. Bref, elles ne sont absolument pas dignes de la confiance placée en elles. Dans aucun autre pays normal, avec autant de lacunes, ces deux dames n’auraient pu se retrouver à des positions aussi stratégiques pour le pays. Surtout si on prend en compte le fait que la directrice générale adjointe, Aïssatou Aribot, visiblement plus à l’aise en langue nationale qu’en Français, s’est défendue d’avoir déposé le cachet sur le contrat parce que, dit-elle, « elle (parlant de la directrice générale, ndlr) est ma grande sœur. Quand elle me dit de faire (quelque chose), je le fais« . Et c’est d’autant plus dramatique que ce type de raisonnement est légion dans l’administration guinéenne. Hélas!

Boubacar Sanso Barry 

Print Friendly, PDF & Email
commentaires